Tomoko Anyoji et Yannick Beltrando. Tomoko Anyoji et Yannick Beltrando. © DR

Le tandem franco-japonais, lauréat du palmarès des jeunes urbanistes 2012, revendique l’attention au déjà-là, l’innovation sociale, mais aussi un investissement dans les outils réglementaires au service des projets.

 Anyoji Beltrando, c’est une architecte au profil international, et un architecte urbaniste passé par la décision politique, associés depuis 2011. Tomoko Anyoji, architecte japonaise, a étudié à Rome (Institut européen de design), Milan (Ecole Polytechnique) et Paris (La Villette). Elle a collaboré avec l’agence Toni Cordero à Turin de 1997 à 2002 et avec l’agence Patrick Jouin de 2002 à 2003, avant de créer son agence à Paris en 2003. Yannick Beltrando, architecte et urbaniste, a étudié à Paris-Belleville puis au Cycle d’urbanisme de Sciences-Po. Il a travaillé à l'Apur (Atelier parisien d’urbanisme) et au cabinet de Pierre Mansat (adjoint au maire de Paris), sur la construction de la Métropole parisienne. Il a enseigné de 2005 à 2015 à l’Ecole d’architecture de Marne-la-Vallée, et de 2012 à 2016 au Cnam, au sein du Master Territoires.

De taille volontairement réduite (une douzaine de collaborateurs), l’agence revendique d’éviter « les solutions toutes faites ou les approches artificiellement innovantes ». L’équipe s’intéresse simultanément à toutes les échelles du projet architectural, urbain et métropolitain. Surtout, elle entend « cultiver le déjà-là » : « la ville de demain est déjà là. Nous fondons notre démarche de projet sur cet existant dans toutes ses composantes physiques, programmatiques ou sociales, qu’il s’agit de réparer, d’améliorer, de transformer », explique Yannick Beltrando. « Pour nous, la ville durable, c’est la ville qui, consciente de ses forces et de ses faiblesses, développe ses avantages comparatifs en s’appuyant sur son terroir, sa géographie, son histoire sociale, et doit donner envie d’y habiter ou d’y séjourner quel que soit son niveau de centralité ».

La méthode de travail est itérative. Elle part de « quelques fondements, essentiels et facilement compréhensibles », qui doivent guider la transformation du territoire. Ceux-ci sont « travaillés à livre ouvert avec le plus d’acteurs possible, élus, habitants, usagers, personnes intéressées par le projet afin de développer un projet unique. Dans cette méthode qui permet l’erreur, le facteur temps est indispensable à la crédibilisation de la démarche. Si certains changements ne viennent qu’au terme du projet, des actions préfiguratives sont proposées afin de tester certains usages, fédérer les publics et engager la transformation du territoire de manière continue ». Afin de produire une « intelligence collective », Anyoji Beltrando travaille souvent sous forme de workshops et développe des démarches participatives. Avec en toile de fond – même si « l’approche esthétique et spatiale est fondamentale dans le développement de l’identité d’un projet » - la volonté de « sortir d’une conception monofonctionnelle de l’espace urbain et d’en proposer une appropriation multiple et variée, à destination du plus grand nombre » : « le développement d’usages supplémentaires est la condition sine qua non de la réussite d’un projet ; l’innovation est plus sociale que technique ».

L’agence préfère d’ailleurs souvent « encadrer des démarches dans le diffus que prescrire à tout va dans le cadre d’une opération urbaine ». Et va jusqu’à affirmer que « les PLU sont un délice » : « nous aimons travailler sur les règlements, non pas pour les raffiner mais souvent pour les simplifier, les clarifier, pour permettre à des projets intelligents de se faire, pour donner une marge de négociation aux intervenants ultérieurs. A ce titre, les PPRI [plans de prévention des risques d’inondation] et les PLU [plan locaux d’urbanisme] trop standards sont à réinventer », souligne Yannick Beltrando. « Nous accompagnons en ce moment Une fabrique de la ville sur l’élaboration du PLUi de Plaine Commune. A travers cette mission, notre groupement tente de donner plus de cohérence aux documents (du diagnostic au règlement en passant par les OAP et le PADD), plus de cohérence au territoire par une simplification du zonage et une très forte contextualité du règlement grâce aux règles graphiques ».

 

CCH 1bis

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