Maud LE FLOC'H Maud LE FLOC'H © DR

Diplômée en aménagement du territoire et urbanisme (Cesa-Polytechnique Tours), puis en sciences de l’information et de la communication (Paris-Sorbonne), Maud Le Floc’h a fondé, en 2002, le Polau-pôle arts & urbanisme (qui s’appelait pôle des arts urbains jusqu’à cette année) à Saint-Pierre-des-Corps, près de Tours. Elle le dirige toujours.

La petite structure, soutenue par le ministère de la Culture, a grandi et essaime désormais sur toute la France et à l’international en proposant son regard aigu et fantasque, ses méthodes d’investigations contextuelles et des stratégies « pour inviter les artistes dans le bal de la production urbaine »1. En 2012, pour répondre à une commande de l’Atelier Loire à l’occasion de la révision du Plan de prévention du risque inondation (PPRI), le Polau révolutionnait l’approche « sensibilisation » avec une « expédition artistique et urbaine grandeur nature » de 24 heures, Jour inondable. Structurée dramaturgiquement comme un scénario d’inondation, cette proposition hybride autant que loufoque était imaginée par le collectif La folie kilomètre : au programme, entre autres, une marche en file indienne sur les limites du PPRI avec un pied en tong dans la zone non-inondable et un pied en botte dans la zone inondable. Et l’hébergement d’urgence des participants dans un gymnase de Saint-Pierre-des-Corps, en conditions réelles, avec repas, film et nuit sur place… Le tout émaillé de conférences de spécialistes et d’une visite du Musée des objets sauvés (de l’inondation).

« Longtemps, la question de l’aménagement culturel a été considérée par le prisme de l’équipement », du monument, de la forme. « Mais au-delà des formes artistiques, ce qui nous intéresse ce sont les forces artistiques », explique Maud Le Floc’h. « En travaillant avec l’œil de l’urbaniste, j’ai décelé dans des artistes qui travaillent dans et avec l’espace urbain des capacités d’écriture de projets contextualisés ; ils considèrent les lieux avec une dimension spatiale et sociale qui fait caisse de résonance avec leur propre imaginaire ». Ces forces artistiques dynamiques ouvrent des champs, permettent de travailler l’invisible, de dessiner des parcours, et d’associer des choses qui n’ont parfois rien à voir avec l’espace public.

Le projet Reconquête urbaine (étude urbaine et AMO), opération d’urbanisme culturel votée dans le cadre du budget participatif 2014 de la Ville de Paris, transforme des passages délaissés. Trois portes de périphérique sinistres à souhait se sont ainsi vues rhabillées de lumières et d’étoiles, à grand renfort de réemploi de matériaux et d’une sacré inventivité. Invités à travailler sur le « Carré des biffins » à la porte de Montmartre, les architectes d’Encore Heureux en ont fait un temple de l’économie circulaire. Le passage de l’Ourcq, le long du canal éponyme, est ainsi passé lui aussi du glauque au poétique avec une constellation de signaux lumineux dans le béton noirci.

1. Maud Le Floc’h a récemment été corédactrice du rapport gouvernemental « Projet artistique et culturel dans la fabrique urbaine : vers un dispositif de soutien », publié en avril 2017.

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De passage, dans le cadre de Reconquête urbaine. Passage de l’Ourcq, 19e arr., Paris. © Maria Spera Apertura

Les 100 qui font la ville

Les 100 qui font la ville, un hors-série du magazine Traits Urbains

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