Alice BARROIS Alice BARROIS

Londres, Paris, deux capitales, un tunnel et des liens. Celui qu’Alice Barrois, architecte, a régulièrement emprunté de 2014 à 2017 quand elle exerçait au sein de l’agence internationale Grimshaw dans le quartier de Farringdon ; ceux qu’elle a noués durant une expatriation choisie au pays de Lewis Caroll. Elle privilégie le studio anglais pour ses attentions écoresponsables, en phase avec ses propres aspirations : « J’ai toujours été attirée par les questions d’environnement. » Son DPEA Architecture post-carbone en atteste.

L’aventure londonienne a aussi été motivée par l’envie de découvrir d’autres cultures. « J’avais besoin d’élargir la qualité et les valeurs d’une architecture que je trouvais un peu trop standard à mon goût en France », concède-t-elle. À l’opposé de « l’approche high-tech d’une architecture très fonctionnelle et efficace » développée outre-Manche chez Grimshaw, et qui lui convient mieux. La recherche d’une forme de rationalité y passe avant la réflexion sur l’esthétique. « Celle-ci vient naturellement par la question de la rationalité », apprécie-t-elle.

Elle revient quatre ans plus tard à Paris pour prendre la direction de l’agence créée non loin de la place de la Nation, au moment où Grimshaw a gagné deux concours de gares dans le cadre du Grand Paris Express, Mairie et Fort d’Aubervilliers. Elle pilote aujourd’hui le projet de la gare La Défense. Grimshaw participe également à Toulouse à la réalisation de la passerelle Rapas, un ruban à haubans permettant aux piétons et cyclistes de franchir la Garonne. La livraison est prévue pour le début 2024.

À Londres comme à Paris, il est toujours question d’une architecture qui se veut solidaire des enjeux environnementaux. Alice Barrois réinterprète la méthode de conception apprise pendant la formation du DPEA, à savoir la prise en compte en amont d’un ensemble de paramètres complexes comme le cycle de vie du bâtiment, son bilan carbone, sa consommation énergétique, son emprise, son impact sur ce qui l’entoure, les matériaux qui le constituent… « Il est temps de sortir du tout béton pour retrouver une diversité de matériaux, en travaillant davantage sur les ressources locales, comme la terre cuite par exemple. Il faut aussi s’intéresser à leur devenir ». C’est en se replongeant plusieurs années en arrière que l’on comprend l’importance qu’elle leur accorde dans ses projets. À 14 ans, elle participe aux chantiers de l’association Rempart. Elle s’initie à différentes méthodes de maçonnerie, et découvre la taille de pierre. Ce face-à-face avec la matière a conditionné sa sensibilité actuelle aux matériaux. Il a aussi développé une empathie pour le patrimoine. Passéiste, Alice Barrois ? Certainement pas. « Le patrimoine est fait pour évoluer et s’adapter ». Un geste bien pensé sur l’ancien ne saurait être irrévérencieux.

Comment voit-elle la ville de demain ? « Je ne l’imagine pas tant comme une forme précise que comme une réflexion sur la densité, l’autonomie et les usages, la gestion de l’eau, de l’air et du sol, la réintégration de l’agriculture en milieu urbain, comme une symbiose avec la nature, comme un endroit confortable dans un contexte de réchauffement climatique où le monde le sera moins. » Au fait, pourquoi cette référence introductive au romancier et essayiste britannique ? Pour une phrase tirée des Aventures d’Alice au pays des merveilles. Elle traduit bien la philosophie d’Alice Barrois : « À quoi peut bien servir un livre sans image, ni dialogue ? » Sa ville de demain, c’est une ville de l’échange avec la nature, une ville qui laisse le temps à cette dernière de se régénérer, la ville de l’écoute, du confort et… du réconfort.

 

> Commander Traits Urbains n°138/139 "Les 100 qui font la ville en 2023"

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Les 100 qui font la ville

Les 100 qui font la ville, un hors-série du magazine Traits Urbains