Sébastien MAIRE Sébastien MAIRE

Lundi 25 septembre 2023, fin de journée. Un vent du Sud nous souffle ces quelques mots. « Nous sommes très preneurs de visites sur le terrain qui permettent la rencontre avec les opérateurs, les élus locaux, parfois les habitants quand ils sont déjà là. Cela nourrit les travaux de l’association. » Qui parle ? Sébastien Maire, délégué général de France Ville durable devenue récemment France Villes et territoires durables. Il occupe le poste depuis septembre 2020, après un parcours au service de l’intérêt général (consultant à l’APEC, directeur du développement économique de la Ville de Pantin, cabinet de la maire de Montreuil Dominique Voynet, Haut responsable de la résilience puis délégué général à la Transition écologique et la résilience à la Ville de Paris). De quoi parle-t-il ? De visites apprenantes. D’où s’exprime-t-il ? De Marseille où avait lieu la troisième édition de Villes Durables en actions. Il explique : « Nous avons coutume de dire à l’association que le premier facteur de résilience d’un territoire, c’est de connaître son voisin. Il faut ce lien social de proximité. » L’urgence à agir au plus près des villes se fait de plus en plus criante : « Nous savons qu’il reste très peu de temps pour engager enfin nos villes et nos territoires dans des trajectoires qui soient véritablement durables et soutenables, notamment au regard des enjeux physiques des limites planétaires ». Oui, mais comment ? En déroulant le manifeste de l’association qui appelle à « dépasser la logique de développement durable, dont la philosophie et le caractère contradictoire de certains de ses objectifs n’ont pas permis jusqu’ici d’inverser les trajectoires de destruction de l’habitabilité de la planète. »

Il est plus que temps de changer radicalement les paradigmes de l’aménagement. Pour Sébastien Maire, il n’est plus possible de se contenter d’une mise à l’index des émissions carbones pour rendre sa copie : « Le carbone a pris toute la place au niveau réglementaire, politique et médiatique. C’est une bonne chose, mais c’est insuffisant. Notre prisme est celui des limites de l’habitabilité de la planète ». Le verbe claque : « On dit aux élus locaux : soit vous identifiez les limites d’habitabilité de votre territoire, vous vous y préparez et vous vous y adaptez, soit vous les prenez en pleine figure. Elles ne dépendent pas immédiatement des décisions politiques et de conventions humaines. Ce sont la physique et la biologie qui viennent s’imposer à nos conventions. » Et de citer un exemple type, celui de territoires à forte dynamique immobilière, attractifs au niveau résidentiel ou pour les entreprises, mais où les robinets sont fermés l’été parce qu’il n’y a plus d’eau. « À quoi bon vouloir faire venir de nouveaux habitants et accueillir des entreprises supplémentaires si les conditions de vie ne sont pas réunies ? ». Mais gare à ne pas se payer de mots : « Il faut intégrer cette dimension d’habitabilité dans la planification territoriale si on ne veut pas qu’elle soit hors-sol comme l’a été pendant quelques années le concept de développement durable. »

Sébastien Maire est de ceux qui pensent qu’au « niveau des villes et des territoires, la notion de « développement durable » a longtemps empêché toute véritable transformation écologique. » Et d’enfoncer le clou : « Ce sont bien ces politiques de « développement » qui concentrent aujourd’hui la plupart des moyens et des innovations, alors que le cadre logique des limites planétaires conduit plutôt à se concentrer sur l’adaptation de l’existant. Rappelons d’ailleurs qu’avec un renouvellement urbain limité à 1 % par an, les trois quarts de la ville de 2050 sont en réalité déjà construits, et c’est là que doit résider notre effort pour adapter nos territoires au monde qui vient », écrivait-il dans un hors-série d’Horizons Publics paru à l’automne 2022.

 

 

> Commander Traits Urbains n°138/139 "Les 100 qui font la ville en 2023"

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Les 100 qui font la ville

Les 100 qui font la ville, un hors-série du magazine Traits Urbains