2023
« Intérêt général », « bien commun » sont des mots qui reviennent souvent dans les propos de Camille Gehin, convaincue que toute action d’aménagement ou de construction doit être conduite dans cette direction. Aussi l’accompagnement des politiques publiques est-il le fil rouge du parcours de cette Strasbourgeoise diplômée de l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat (ENTPE) de Lyon et de l'école d'architecture de Paris-Malaquais. Forte de sa double formation, Camille Gehin travaille d’abord auprès de la Direction générale de l’Aviation civile sur les projets bâtimentaires des bases aériennes. Puis elle rejoint l’Anru, tout juste lancée. Elle y pilote le programme de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur avant de prendre en charge la coordination de l’Ile-de-France et la responsabilité de la Seine-Saint-Denis, le département cumulant le plus d’enjeux et de financements. « Une magnifique aventure qui m’a marquée », confie Camille Gehin. « J’entends les reproches qui reviennent régulièrement, il n’en demeure pas moins qu’à l’origine la rénovation urbaine est une très belle idée porteuse d’ambitions et de valeurs fortes. »
Le parcours professionnel d’Ollivier Guilbaud, nouveau directeur général de l’Etablissement public d’aménagement (EPA) de Sénart, s’est principalement déroulé en grande couronne parisienne. Mais il débute sa carrière à Paris, au poste de chargé d’opération à la Soparema puis à la Semavip. Il y entre avec un diplôme de l’Institut d’Urbanisme de Paris et y reste huit ans. Avec recul et expérience, il avoue que les opérations d’aménagement dans la capitale « où on est assuré d’une bonne valorisation foncière et du soutien des services de la ville » ne l’ont pas préparé aux difficultés rencontrées plus tard, en grande couronne, notamment dans les ex-villes nouvelles. Car après les Sem parisiennes il rejoint le Syndicat d’agglomération nouvelle de Cergy-Pontoise pour préparer l’avènement de la communauté d’agglomération. « L’EPA de Cergy-Pontoise fermait, j’arrivais pour créer une équipe chargée de l’aménagement. Il fallait aussi racheter le foncier et reprendre les Zac en cours. Voilà comment j’ai commencé à appréhender villes nouvelles et opérations d’intérêt national [OIN] », confie-t-il. Ollivier Guilbaud devient directeur de l’urbanisme de la communauté d’agglomération. Puis il quitte le Val d’Oise pour l’Essonne et le poste de directeur délégué de l’AFTRP (secteur d’Evry), celle-ci reprenant les opérations de l’Epévry, l’EPA de la ville nouvelle d’Evry.
© Antoine Mercusot
Leslie et Philippe Gonçalvès ont cofondé Seuil architecture à Toulouse en 2005, structure qui emploie actuellement une vingtaine de salariés. Dès les premières années, ils dotent leur agence d’un laboratoire d’idées « Seuil Lab ». « Nous voulions appréhender de nouveaux modes constructifs, nous former si nécessaire puis les réutiliser dans nos projets », décrit Leslie Gonçalvès. Presque vingt ans plus tard ils ont cheminé vers une architecture résiliente, responsable, frugale et durable, désormais au cœur de chacun de leurs projets.
Leslie et Philippe Gonçalvès ont cofondé Seuil architecture à Toulouse en 2005, structure qui emploie actuellement une vingtaine de salariés. Dès les premières années, ils dotent leur agence d’un laboratoire d’idées « Seuil Lab ». « Nous voulions appréhender de nouveaux modes constructifs, nous former si nécessaire puis les réutiliser dans nos projets », décrit Leslie Gonçalvès. Presque vingt ans plus tard ils ont cheminé vers une architecture résiliente, responsable, frugale et durable, désormais au cœur de chacun de leurs projets.
Flonflons et jour de fête pour les équipes de Foncière Bellevilles, en ce 6 septembre 2023 à Toulouse, date de l’inauguration des nouvelles grandes Halles de la Cartoucherie. Micro en mains, tee-shirt floqué « Cartoucherie » sur le dos, Adrien Ramirez ne sait plus où donner de la tête : il assure la visite et la présentation des lieux auprès des élus et officiels. Celui qui a co-fondé (avec Alexandre Born, Sébastien de Hulster, François Gendre et Jérémie Loevenbruck), la Foncière Bellevilles en 2019, livre aujourd’hui la réhabilitation emblématique de l’entreprise.
Il faut parfois savoir partir loin pour revenir vers un ancrage local. Toutes deux originaires de Marseille, Laura Nave et Léa Gautier avaient déjà cette aspiration en commun avant de se rencontrer. La première a poursuivi ses études parisiennes d'architecture et ingénierie par une expatriation en Argentine pour travailler sur des problématiques de grands territoires ; la seconde a grandi en Guadeloupe avant d'obtenir sa licence d'architecture à Toulouse et de compléter son parcours en Master à Nantes. De retour dans leur ville natale, les deux jeunes femmes ont fait connaissance, se sont découvert une attirance commune pour une architecture qui donne toute sa place à l'humain, et ont commencé à réfléchir pour savoir comment elles pouvaient mettre les compétences en commun. « Au départ, nous avons passé des journées entières à discuter pour nous accorder véritablement sur nos objectifs, et confirmer notre attachement à l'économie locale », explique Laura Nave. « Nous sommes très vite tombées d'accord sur notre volonté de construire de manière sobre et durable, en donnant la priorité à la rénovation, avec des techniques et matériaux bioclimatiques, et sur la nécessité d'être pédagogiques vis-à-vis des futurs clients », enchaîne Léa Gautier. Une façon de sceller leurs valeurs communes.
Antoine Frey prend plaisir à ce qu’il fait, c’est le moins qu’on puisse dire : « J’ai créé cette entreprise en 2007, et depuis je vis un rêve. Ce métier est fabuleux. Nous fabriquons le cadre de vie des gens, le commerce est une matière passionnante ! C’est le fond de sauce sur lequel se fabrique la ville… ». Son siège parisien, rue Auber, est aussi conçu pour faire rêver. L’accueil, avec son décor et son bar, évoque plus une startup de design qu’un investisseur-développeur qui pèse près de 2 milliards d’euros d’actifs immobiliers. « Notre métier est de créer des lieux de vie, d’échange et de partage », commente l'entrepreneur. « Un centre commercial se fait vivre tous les jours comme un lieu de spectacles ».
L’attention portée au chemin de l’eau dans tous les projets constitue la marque de fabrique de 22 Degrés : places en cœur de ville comme à Bois Guillaume, à Saint-Thibault-des-Vignes ou à Fontenay-sous-Bois, parc de la Fonderie à Vernon, quartiers de Carentan-les-Marais ou de Saint-Saulve. « La gestion de l’eau n’a rien d’une contrainte technique. C’est une ressource qui de plus fabrique un paysage plus riche », soutient Etienne Fouque, fondateur de 22 Degrés avec Pierre-Thomas Cochaud Doutreuwe.
« Pour construire son nid, qui a la forme d’une sphère, l’hirondelle de fenêtre transporte 1 500 boulettes de boue dans son bec », explique Maeva Felten, responsable du programme Nature en ville à la LPO (Ligue de protection des oiseaux). Mais encore faut-il que ce migrateur transsaharien parvienne, après avoir parcouru 5 000 à 10 000 kilomètres, à trouver un lieu propice à l’implantation de son foyer, un coin de fenêtre ou une avancée de toit. Ce qui n’est pas facile tant les villes ne leur laissent plus de place pour nicher…
« Favoriser l’émergence d’idées disruptives », telle est la mission de Baptiste Démure, directeur du REDLab, le laboratoire d’innovation du groupe immobilier Redman. De formation ingénieur en génie civil spécialité bâtiment de l’ENISE (Saint-Etienne), le trentenaire a démarré son parcours en 2009 chez Campenon Bernard, filiale du groupe Vinci Construction, au sein de la cellule Grands projets hospitaliers, comme responsable du pilotage de concours en conception/réalisation. Au sein du même groupe, il rejoint ensuite le métier de la promotion immobilière, chez Adim Lyon, comme chargé d’opérations. C’est durant ces années qu’il développe des compétences complémentaires en termes administratifs et juridiques.
L’habitat fait le citoyen : c’est le titre de l’ouvrage publié avant l’été par Jean-Philippe Dugoin-Clément (éditions de l’Aube) et préfacé par Jean-Louis Borloo. On se demande toujours où un homme qui est maire d’une commune de 15 000 habitants, occupe un poste de vice-président d’une grande région et chapeaute le conseil d’administration d’un gros aménageur trouve le temps d’écrire. Mais « JPDC » est au départ un cadre de la fonction publique (il débuta sa carrière en tant que directeur de cabinet d’Yves Jégo à Montereau-Fault-Yonne avant d’en devenir le directeur général des services) et il sait quelle place a pris la communication dans la politique au cours des deux dernières décennies. Or il avait des messages à faire passer : « Résoudre la crise du logement ne relève ni d’une politique de droite ni d’une idée de gauche. C’est une priorité nationale qui transcende les courants politiques. » Il propose un allongement de la durée des prêts immobiliers en faisant porter ceux-ci sur le bien et non plus la personne, un assouplissement des normes de construction, une « territorialisation » de la loi SRU, l’intensification plutôt que la densification, un encadrement du foncier et non des loyers, une remise à plat de la stratégie ZAN, le rétablissement d’un lien direct entre l’acte de construire et la fiscalité locale.
Sadev 94 a accueilli au mois de septembre son nouveau directeur général, pour succéder à Christophe Richard. Chez l’emblématique aménageur val-de-marnais, Mathias Doquet-Chassaing n’est pas en territoire inconnu. Son solide parcours professionnel est dédié à l’aménagement, dans d’importantes sociétés d’économie mixte. Diplômé de Polytech Orléans (Ecole supérieure de l’énergie et des matériaux), après une première expérience de directeur de projets chez OTH, il a passé dix ans chez Sadev 94 (déjà) de 2003 à 2013 comme directeur opérationnel, puis a été directeur général délégué de la Semmy (Sem d’aménagement et de construction et bailleur social de la ville de Mitry-Mory), avant d’exercer chez Grand Paris Aménagement des fonctions de direction territoriale Grand Paris Est. Depuis cinq ans, il dirigeait la SPL régionale Ile-de-France Construction durable, spécialisée dans la construction et la rénovation d’équipements publics. En parallèle, il a aussi dirigé la Cité régionale de l’environnement Ile-de-France, été vice-président Environnement du GIP Maximilien, service public mutualisé d’administration électronique francilien, et administrateur de la FedEpl, la Fédération des élus des Entreprises publiques locales.
« Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnalités fortes de l’aménagement. » Caennais d’origine, diplômé de l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat (ENTPE) et titulaire d’un master de l’Institut d’urbanisme de Lyon, Arnaud Diguet a surtout œuvré pour de « grandes maisons », comme un chef cuisinier multiplie les expériences dans des restaurants étoilés. Tout d’abord, la SERM, à Montpellier, où il a passé 12 ans, au pilotage de projets tels que la Zac Ovalie, l’écoquartier des Grisettes ou la nouvelle gare TGV. « Je suis fier d’avoir été à cette école. » Puis Paris-Saclay, en tant que directeur de projet, où d’un campus il a contribué à faire émerger un morceau de ville : le quartier du Moulon. « Avec Christophe Delmar et Anne-Sylvie Bruel, nous nous sommes attelés à ancrer le projet urbain dans son territoire, en réhabilitant des rigoles historiques, en créant un réseau de noues, en réintroduisant une échelle plus intermédiaire dans des projets jusqu'alors monolithiques et coupés du quartier. »